En arraisonnant les navires dans les eaux internationales en s’opposant avec un usage disproportionné de forces à ceux qui veulent mettre fin au blocus qui affame depuis des mois la population de Gaza et qui laisse ce territoire dans une situation indigne, inacceptable, et en outre propice à l’émergence des pires radicalités.

Cette intervention doit être condamnée avec la plus grande force mais une fois de plus je veux souligner que la communauté internationale porte une large part de responsabilité en refusant d’agir avec fermeté dans le sens des 2 états pour 2 peuples.

Où sont les actions du quartet ? Où est l’état palestinien dont la création était promise ? Où sont les droits de ce peuple, empêché de circuler, de travailler, de vivre normalement Où sont les condamnations des actes illégaux d’Israël ? Annexion de territoires Construction de nouvelles colonies Poursuite de la construction du mur sur le territoire palestinien

Les conditions de la paix et du droit sont connues depuis les discussions de TABA et de GENEVE. Combien faudra –t-il de morts encore ; avant qu’une solution ne soit imposée

Je joins ce texte reçu hier d’une française qui vit dans les territoires occupés.

31 mai 2010

8h : je saute dans un taxi qui me laisse au carrefour de l’entrée d’Hébron, 8h 03 : je monte dans un second taxi qui me laisse au centre de Bethléem. 8h45 : Je me dirige vers le check-point dit « du Tombeau de Rachel » à Bethléem. Pour une fois je passerai à pied ce point de contrôle devenu un véritable terminal. Il y a bien longtemps que je n’ai pas partagé avec les Palestiniens ce genre de situation. Je croyais avoir, durant l’Intifada, vécu ce que les autorités Israéliennes peuvent imaginer de pire en matière de déni de justice. Humiliation, attente, discrimination, délit de faciès (pour moi, c’est un délit de faciès « à l’envers », j’ai les cheveux blonds/roux…, ils se demandent ce que je fais là), omnipotence, on pourrait compléter la liste ! Ce que je constate aujourd’hui est pire : ils réussissent à déshumaniser aussi leurs victimes… 9h : il fait déjà chaud sous les tôles installées au dessus de ce couloir à bestiaux qui vous conduit à un premier tourniquet. Une vingtaine de personnes attendent devant moi que le soldat en faction appuie sur un bouton qui le débloquera … ou pas. A cette heure-ci il n’y a pas foule, le passage devrait se faire en quelques minutes. Mais le tourniquet reste fermé. Une demi-heure plus tard quelques personnes resquillent et arrivent à passer. On attend encore. Un jeune couple a l’air assez désespéré d’arriver à temps au rendez-vous auquel il doit amener une fillette de 4 ans environ. Elle est handicapée, son père la porte dans les bras. Il a dans une main le permis de se rendre à Jérusalem. Quelqu’un dans la foule demande au soldat (qui s’avère être une soldate) de laisser passer ces 3 personnes, rien n’y fait. Deux jeunes femmes et deux hommes essayent de gagner quelques places dans la file, puis une religieuse que je tire par la manche en lui montrant le couple. Un homme âgé veut lui aussi « gratter » quelques places. Je le tire aussi par la manche. Il me dit qu’il veut avancer pour empêcher les autres de bloquer le passage au couple. Une vieille femme vient se coller contre les barreaux de cet espace devenu étouffant. Elle geint et se tient le ventre. Une jeune fille s’accroupit, elle est blême. Personne ne bronche, chacun pense au temps perdu, au retard accumulé, à la douleur de l’Autre, mais chacun reste muré dans son silence, pas fier… 9h40, je passe avec quelques autres le tourniquet débloqué par une soldate au regard tellement sympathique : je lis dans ses yeux ce sentiment de « supériorité déshumanisée ». Peut être pourrait on y déceler une once de ras le bol de voir défiler ce troupeau d’ « ennemis ». Je traverse un espace à l’air libre puis me dirige vers la « sortie », c'est-à-dire vers un long couloir au bout duquel est placé un autre tourniquet. Dépôt des effets personnels dans un bac en plastique qui avance sur un tapis roulant. On pourrait se croire, abstraction faite des barbelés et caméras qui vous entourent, dans un hangar d’aéroport de troisième zone. Je vois des bancs, disposés deux par deux sous des pots de fausses fleurs en plastique. Est-on censé prendre le temps d’apprécier ce décor et d’admirer le poster collé sur le mur et vous invitant à visiter Nazareth !? L’attente recommence. Les deux hommes qui me précèdent me demandent d’où je viens. - « France » - « Ah, c’est mieux chez vous, non ? » - « Par certains aspects, oui, c’est sûr » - « Vous savez pourquoi c’est long ce matin ? » J’hésite à répondre, tant les raisons peuvent être nombreuses et variées mais je sais, après bientôt 14 ans le pays, que la plupart du temps il n’y a PAS de bonne réponse. - « Vous savez ce qui s’est passé au large de Gaza cette nuit ? ». Non, je n’ai pas écouté les nouvelles ce matin. - « 10 morts au moins sur les bateaux qui voulaient apporter de l’aide aux Gazaouites ». Je me dis que mon arabe est décidément encore insuffisant. Je confonds donc blessés et morts… Devant mon air hésitant, il répète « 10 morts ». Je n’en crois pas mes oreilles. Finalement le second tourniquet se débloque, présentation du passeport (à la bonne page de péférence, celle du visa) à un jeune soldat à l’air déshumanisé lui aussi. A se demander si les militaires ne sont pas lobotomisés. Pas un mot. Je poursuis ma route pour monter dans un bus qui m’amènera à Jérusalem-Est. Du bus qui traverse la banlieue de la « capitale réunifiée et éternelle d’Israel », je cherche des yeux cette maison dont j’ai entendu parler à Beit Safafa : occupée par des colons juifs. Facilement reconnaissable : un drapeau israélien flotte sur le toit. 10h30, j’arrive enfin sur mon lieu de travail. 35 km parcourus en 2h30. Je suis loin d’avoir battu mon record, enregistré en 2002 : 4h30 pour aller d’Hébron à Jérusalem… Ce petit épisode de partage des conditions de vie des Palestiniens (privilégiés ? ) qui passent ce check-point me révolte. Je me déplace généralement en voiture (privilégiée !) et j’avais oublié à quel point tout ce système écoeurant , violant là aussi les règles du droit international, pouvait déshumaniser presque autant la victime que le bourreau. Ceux qui voulaient passer devant ce couple et son enfant handicapé, ceux qui ne s’écartaient pas pour laisser la voie à cette femme se tenant le ventre en geignant, sont ils devenus insensibles à la douleur de leurs compatriotes ou pour le moment simplement « endurcis » ? Et dans 2,5, 10 ans, à quoi ressembleront-ils ? A des esclaves ne regardant que le bout de leurs chaussures ? A des individus devenus incapables de ressentir la moindre compassion, empathie, humanité ? Et ceux qui les rendent à ce point insensibles, au moins en apparence, que seront-ils devenus ? Des robots de la violation des droits l’homme ? Les nouvelles des chaines de télévision européennes et arabes à propos de la Flottille de la Liberté m’accueillent sur mon lieu de travail. Mon petit confort quotidien de privilégiée est bien secoué. Les soldats des commandos israéliens qui ont tué une vingtaine de personnes au large de Gaza à l’aube seraient ils les précurseurs de cette nouvelle « race » d’individus qui, élevés et formatés dans un état qui ne respecte pas la moindre règle de droit international sous prétexte qu’il est le refuge de ceux qui ont tant souffert, sont capables d’assassiner des hommes et des femmes qui eux, pensent que la vie humaine a encore un prix ? Et ceux qui en sont les victimes, combien de temps encore vont-ils rester des hommes ? Cet écoeurement, je l’ai déjà connu en 2001, en 2006, en 2009. Jusqu’où iront-ils ces justiciers auto-proclamés ? Ou plutôt jusqu’où les laissera-t-on aller ? Car c’est bien là la question, non ? J’ai la faiblesse de croire que si les dirigeants de ce monde faisaient de temps en temps un petit passage de check-point, un petit tour dans une colonie guidés par ces occupants qui se sentent investis d’une mission divine, passaient deux ou trois jours dans une famille palestinienne déplacée en 48, chassée en 1967, dont quelques membres ont été emprisonnés et torturés par l’occupant, qui ne peut rencontrer ceux que le destin aura amenés à Gaza …alors peut être admettraient ils que leur responsabilité est de faire en sorte que cette occupation, ce nettoyage ethnique, ce massacre de valeurs cesse. Au nom de l’humanité. Au nom d’un tant soit peu d’humanisme.