Cela faisait pourtant près de 4 mois que le Président du Conseil général, Christian Favier, sollicitait une audience auprès du Premier Ministre, comme cela avait été décidé lors de la soirée de mobilisation du 26 janvier dernier devant la Préfecture du 94. Le Premier Ministre a renvoyé la demande à son Ministre de l’Intérieur, de l’Outre-Mer et des Collectivités territoriales, Brice Hortefeux… qui l’a transmise au Préfet du Val-de-Marne… qui n’a pas eu l’indécence de la faire suivre à l’un de ses responsables de cabinet… Je ne suis pas loin de penser qu’il était plus facile à un habitant du royaume d’obtenir une audience à la cour du roi du temps de Louis XIV qu’à cinquante élus locaux et 400 citoyens parlant d’une même voix sous l’ère Sarkozy.

Cette manière de faire est incroyablement méprisante et révélatrice du peu d’estime du gouvernement actuel pour l’expression démocratique des citoyens et de leurs représentants. J’ai connu une République où l’on écoutait celles et ceux qui n’étaient pas d’accord du moment qu’ils partageaient la volonté d’œuvrer à l’amélioration du vivre ensemble. De toute évidence, cette ère là est révolue.

Mais au-delà de la manière, ce qui me soucie le plus, c’est l’objet même de ces réformes, fausses bonnes réponses à la crise multiforme que nous rencontrons et facteurs d’aggravation d’inégalités sociales déjà insupportables.

A l’heure où le porte-parole du gouvernement, Frédéric Lefebvre, sombre sans retenue dans la démagogie en demandant à ce que l’Etat pénalise financièrement des collectivités contraintes d’augmenter leurs impôts pour compenser les engagements non-tenus d’un Etat déficient,ou pour développer des services nécessaires à leurs concitoyens, une telle attitude est inacceptable.

Que faire face à un gouvernement jusqu’au-boutiste, muré dans son autisme idéologique, déterminé à démonter étage par étage, pièce par pièce, et contre l’avis de la majorité des Français, un édifice politique, administratif et social qui est le fruit de décennies de dialogues, de luttes sociales, de concertation entre partenaires, et qui maintient tant bien que mal un peu de cohésion sociale dans un monde où les « marchés » dictent leur loi impitoyable?

Nous mobiliser. Encore et toujours. Ne pas se décourager, ne pas abandonner. Agir en adaptant nos actions aux enjeux, et trouver la faille dans le dispositif gouvernemental de refus de toute discussion.

C’est bien dans cette logique que le Conseil général du Val de Marne s’apprête à proposer un projet de loi au Parlement exigeant le remboursement intégral aux départements des sommes que leur doit l’Etat depuis qu’il leur a transféré la gestion des « prestations de solidarité nationale » que sont le Revenu de Solidarité Active (RSA), la Prestation de Compensation du Handicap (PCH) et l’Allocation Personnalisée d’Autonomie (APA) pour les personnes âgées. Dans le cas probable où ce texte ne serait pas adopté, Christian Favier déposera par la suite un recours en contentieux devant le Conseil constitutionnel pour faire constater l’illégalité de la posture de l’Etat et contraindre ce dernier à tenir ses engagements.

La bataille sera encore longue, la manifestation du 20 mai n’en était qu’un épisode ; mais tant qu’il refusera toute concertation, le gouvernement peut être assuré qu’il nous trouvera sur son chemin pour lutter contre son entreprise méthodique de démolition du service public et de la démocratie locale. Je remercie tous les participants arcueillais à ce rassemblement avec une pensée particulière pour Pierre Fleury présent « malgré ses 82 printemps »