Monsieur Christian Estrosi veut « sanctionner les maires laxistes en matière de lutte contre l’insécurité » en infligeant de très fortes amendes aux villes “qui ne se conforment pas à leur obligation de sécurité, de prévention de la délinquance, de lutte contre l’absentéisme scolaire et de réforme des règles d’urbanisme”
Cette prise de position s’inscrit dans une stratégie pour masquer les affaires autour de Mr Woerth et détourner l’opinion des graves coups portés à la solidarité et à la politique sociale à travers la réforme des retraites ou celle des hôpitaux, par exemple.
Mais cette position, qui annonce une campagne présidentielle de bas niveau, se retournera contre ses auteurs qui ne peuvent faire oublier que, depuis 8 ans, c’est N.Sarkozy qui dirige la politique de sécurité. J’espère simplement qu’elle ne se retournera pas contre la cohésion social et les valeurs de notre République.
C’est aussi pour cela que Mr Estrosi soulève des protestations dans l’opposition, bien sûr, mais aussi dans les rangs de la majorité
Une politique de communication contredite par la réalité du terrain
Monsieur Estrosi se vante d’être un modèle dans sa ville de Nice en matière de sécurité parce qu’il a installé de la vidéosurveillance et ne comprend pas que des villes refusent de s’y engager. Si l’efficacité des dispositifs est perceptible sur des espaces clos tels que parkings ou bâtiments, elle est soumise à controverse en ce qui concerne l’espace public. Aucune étude ne montre une baisse de la délinquance. Des études ont montré que ces dispositifs permettent parfois l’identification de délinquants sur la voie publique, rarement la baisse des faits délictueux. Leur utilité principale est surtout de rassurer les habitants qui y voient un caractère dissuasif.
Autre constat, parallèlement à l’installation des caméras de vidéo surveillance, les effectifs de police baissent. Or rien ne remplace la présence humaine sur le terrain. La ville de Lille, montrée du doigt par Mr Estrosi a vu baisser son niveau de délinquance de façon plus significative que la ville de Nice. Une des raisons, Lille a des unités territoriales de quartier. Ce dispositif répond à l’exigence d’une meilleure proximité et l’expérimentation, en Seine St Denis par exemple, a montré une plus grande efficacité. Lors de ma rencontre en 2007, avec mes collègues maires, avec le cabinet de Madame Alliot Marie, ministre de l’intérieur, nous avions réitéré cette demande de disposer de cette présence de policiers de terrain et de proximité, sans résultat à ce jour, malgré plusieurs relances et une quasi promesse pour 2010 ! Pire, il y a aujourd’hui moins de fonctionnaires de police sur la circonscription qu’il n’y en avait il y a 10 ans, et on leur demande plus de choses.
Les maires s’engagent au quotidien sur le terrain de la prévention, de la médiation, de la cohésion sociale, et cela vaut bien plus qu’une politique d’affichage qui stigmatise des citoyens en instaurant une nationalité à deux vitesses ou en laissant s’accroître les inégalités territoriales, et des populations victimes de toujours plus d’exclusion.
Dans ma ville d’Arcueil, nous assumons nos responsabilités ! Nous avons signé avec l’Etat un contrat intercommunal de sécurité, il y maintenant 10 ans, pris à notre charge l’établissement des passeports et des cartes d’identité pour libérer des effectifs, nous avons mis en place un observatoire local de la délinquance, des structures de suivi, pris des arrêtés concernant l’achat et la consommation des boissons alcoolisées, la circulation des chiens dangereux, la circulation des quads ou mini moto. Mais surtout, nous avons aussi engagé des actions pour renforcer la présence humaine sur le terrain, la cohésion sociale, le dialogue. Pour ne prendre que quelques exemples, une équipe de médiateurs de nuit est désormais présente sur nos quartiers en soirée et en début de nuit. Une équipe de prévention spécialisée intervient au quotidien sur le territoire, nous développons des activités en direction des jeunes et des familles. La maison des solidarités aura un espace parentalité pour accueillir et accompagner les parents dans leur fonction éducative. Nous avons mis en place dans différents quartiers des comités de suivi avec les habitants pour dialoguer et rechercher les solutions collectivement. Mesures d’inclusion au collège, mise en place des TIG, installation d’une structure d’échange réunissant la ville, la police, le procureur, les bailleurs, pour traiter des problèmes spécifiques rencontrés sur tel ou tel quartier. Et bien sûr, les villes travaillent dans le champ éducatif, culturel et social avec un objectif de renforcement de la cohésion sociale. C’est aussi un des rôles de nos assemblées de quartier qui renforcent convivialité, dialogue et proximité, car la première réponse au sentiment d’insécurité reste le renforcement de liens sociaux, et non pas cette rupture sociale à laquelle nous assistons d’année en année !
C’est cela la réalité du terrain, un travail au quotidien exigeant et continu, qui ne trouve pas ses effets dans une campagne d’annonces et d’affichage médiatique ! un travail qui articule l’éducation, la culture, la prévention et la répression.
Mais l’Etat doit jouer son rôle pour assurer la sécurité, et cela passe par des moyens qui sont aujourd’hui insuffisants. Là aussi, la réalité locale, à l’image de ce qui se passe sur l’ensemble du territoire, est en contradiction avec les discours gouvernementaux Au fil des années, la situation en termes d’effectifs, dans la police, ne cesse de dégrader. 2500 départs à la retraite sans remplacement depuis 5 ans, 39000 non remplacés et 2000 non recrutés jusqu’en 2013, 1 policier pour 545 habitants, ce qui correspond à l’une des situations les moins bonnes du département alors même que des contraintes particulières existent sur le secteur, avec par exemple la nécessité d’assurer la surveillance des détenus hospitalisés. Et cette situation s’aggrave.
Quand j’ai pris mes fonctions de maire, des policiers assuraient les entrées et sorties d’école. Aujourd’hui, ce sont nos agents qui assurent cette mission. C’était pourtant pour les policiers une fonction utile qui permettaient un rappel à la règle, une connaissance du terrain, une présence régulière, un lien positif aux populations, fonction aujourd’hui abandonnée par l’Etat qui délaisse la prévention au profit d’une politique purement répressive et une politique du chiffre. Dans ce domaine, il est plus facile d’obtenir des résultats en arrêtant des sans papiers ou des fumeurs de shit, car chaque cas est une situation élucidée, mais il est plus difficile d’obtenir des moyens sur le long terme que nécessite un travail d’élucidation, d’enquête pour s’attaquer aux trafics. Ce travail, les policiers ont de plus en plus de mal à le mener, et je ne parle pas de la justice dont les moyens sont de plus en plus inadaptés.
Depuis 8 années, je constate un recul de l’engagement de l’Etat dans ses fonctions régaliennes comme celle de l’éducation ou la sécurité des citoyens. En termes d’intervention sur la sécurité, je considère toutes ces années comme des années de dégradation, pendant lesquelles les équipes municipales ont donné de leur temps, de leur engagement et de leur énergie pour assurer et maintenir une cohésion sociale. Sur le terreau du chômage et de la crise, des trafics se sont organisés et structurés qui, loin de reculer, ont progressé malgré la mobilisation de tous, ville, police, justice.
Alors, haro sur les maires ?
Evaluons plutôt la politique de Messieurs Sarkozy, Hortefeux, Estrosi et consorts, leur choix idéologique de supprimer la police de proximité, la réduction des effectifs et des moyens affectés à la sécurité, l’image d’un Etat qui défend les plus riches et ignore les plus modestes !
Il n’y aura pas de grand soir de la sécurité, mais l’exigence que tous travaillent ensemble et évaluent réellement leur action.